LA CATHEDRALE ET LA FACULTE DE MEDECINE DE MONTPELLIER

Au programme de ce bel après-midi ensoleillé de ce  premier jour de décembre : la visite de la cathédrale Saint-Pierre et de quelques salles remarquables de la Faculté de Médecine

Pourquoi visiter en même temps la Cathédrale et l’école de Médecine de Montpellier ? Tout simplement parce que leurs destins sont liés. La Cathédrale est pratiquement mitoyenne de l’école de Médecine : en effet, l’école s’est installée en 1795 dans l’ancien monastère Saint-Benoît  dont la cathédrale était l’ancienne chapelle. La cour d’honneur de l’école correspond d’ailleurs à l’ancien cloître qui était logiquement adossé à son église. C’est ainsi que la Cathédrale Saint-Pierre se retrouve avec sa façade sur la rue de l’école de Médecine.

Le fort  Saint-Pierre

Situé dans l’écusson, centre de la vieille ville, le bâtiment de l’église est le plus grand de la région du Languedoc-Roussillon, ce qui n’est pas étonnant, vu que Montpellier en est la capitale.

L’église était à l’origine la chapelle du monastère bénédictin de Saint-Benoît Saint-Germain fondée en 1364 à la demande du pape d’Avignon Urbain V, et sera érigée en cathédrale en 1536, lorsque Montpellier devint le siège épiscopal de la région. Urbain V voulut ainsi honorer la ville où il étudia et enseigna. L’imposante architecture de l’église n’est pas le fruit du hasard. Elle était munie de défenses importantes, ce qui en fait une forteresse. À la fin du XVIe siècle on la surnomme d’ailleurs le « fort Saint-Pierre ». Quatre tours s’élèvent aux angles de la nef, dont l’une fut abattue lors des mouvements iconoclastes de 1567. L’une des façades était couronnée par des mâchicoulis surmontés de créneaux, derrière lesquels devait courir un chemin de ronde dans l’épaisseur du mur. L’entrée est précédée d’un porche massif, composé de deux piliers cylindriques et d’une voûte reliant les piliers à la façade de l’église.

Nous pouvons encore voir aujourd’hui les vestiges de ce système de défense, assez étranges pour une église de style gothique. En effet, les guerres de religion qui ravagèrent Montpellier et toute la France firent de nombreuses victimes, dont la cathédrale Saint-Pierre. En 1567, la cathédrale subit les assauts des protestants qui cette fois vont s’attaquer au bâtiment. Une tour s’effondre entraînant avec elle l’ensemble du bâtiment. Les chanoines de la cathédrale se réfugièrent à Villeneuve-lès-Maguelone et à Frontignan ou ils restèrent jusqu’à la fin du siège de Louis XIII en 1622. Le roi fit aussitôt reconstruire la cathédrale. La voûte, le pavement de la nef et la façade sont refaits. Au XIXe siècle (de 1855 à 1875), les travaux  lui donnent l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui, beaucoup plus grande que l’édifice originel avec la reconstruction de la tour clocher et l’ajout de chapelles rayonnantes au sein du chœur. La toiture du chœur fut ornée de tuiles vernissées « à la mode bourguignonne ». Auguste Baussan refait le décor sculpté de la tour et du tympan ; les verrières du transept et du chœur, exécutées par Edouard Didron  et Paul Nicod, sont posées entre 1870 et 1872. Dans le bras droit, un tableau de  Sébastien Bourdon représente La chute de Simon le Magicien (1657), épisode apocryphe de la vie de Saint-Pierre.

Seuls auront survécu du Moyen-âge, le porche avec ses deux tours reliées à la façade. Une chance, car ce sont les éléments les plus emblématiques de cette curieuse cathédrale, très inspirée des châteaux forts.

On a une petite idée de ce que pouvait être le Montpellier médiéval en venant à l’Écusson, même si les ravages des guerres défigurèrent la ville. Voir au bout d’une petite rue, les grandes tours carrées avec ce porche et son baldaquin, c’est être transporté au plus profond du Moyen-âge, ce que les structures défensives, avec les contreforts, les meurtrières ou les mâchicoulis de la cathédrale nous rappellent vivement. En 1795, le siège épiscopal, l’ancien monastère Saint-Benoît, devient le siège de l’école de Médecine

Après avoir monté les  204 marches qui nous amènent en haut d’une des tours, nous avons admiré Montpellier et ses environs.

La Faculté de Médecine

La faculté de Médecine de Montpellier est la plus ancienne faculté de médecine en activité au monde (celle de Salerne  a disparu au début du XIXe siècle). Sa devise fait référence à la tradition hippocratique dont elle se réclame : Olim Cous nunc Monspeliensis Hippocrates « Jadis Hippocrate était de Cos, maintenant il est de Montpellier ».

Elle fut fondée dès 1220. A cette époque, les cours sont donnés un peu partout dans la ville. Les médecins arrivent du monde entier en même temps que les pèlerins se rendant à Saint Jacques de Compostelle et selon la doctrine édictée par Guilhem VIII, tout le monde est autorisé à enseigner la médecine à Montpellier quelle que soit son origine. 

De nombreux médecins arabes et juifs, chassés d’Espagne, arrivent donc à Montpellier. Ils représentent un grand intérêt car ils sont alors les seuls à connaître la langue arabe qui leur permet de traduire ce qui a notamment été écrit à l’université de médecine de Bagdad, l’une des plus anciennes du monde. Dès le XIVe siècle, les cours d’anatomie dispensés à l’université de Montpellier sont célèbres dans toute l’Europe. Jean-Antoine Chaptal y fait construire un théâtre d’anatomie. Médecine et Chirurgie sont réunies. La période 1794-1803 correspond à une phase féconde de re-formation et à l’enseignement des idées scientifiques nouvelles. Le décret du 11 mars 1803, soumet l’exercice de la médecine à l’obtention d’un doctorat.

1795 : la faculté quitte des locaux anciens et vétustes pour ses locaux actuels. Nous pénétrons dans ce lieu exceptionnel en empruntant l’entrée qu’ornent  les statues de Lapeyronie et Barthez.

Le musée d’Anatomie

Véritable ” temple » de la médecine”,  dans un cadre majestueux rythmé par des colonnades, des plafonds  peints par l’artiste montpelliérain Jean-Pierre Montseret, le conservatoire présente, sous l’égide de médecins célèbres et d’allégories de diverses sciences, une succession de vitrines déclinant la description du corps humain ainsi que ses pathologies, grâce à l’exposition de plus de 5000 pièces. Nous découvrons d’étonnantes pièces anatomiques, des moulages en cire et en plâtre, (notamment ceux du florentin Felice Fi-ontana), des spécimens rares de monstruosités et malformations congénitales, des pathologies de squelettes, instruments de chirurgie, matériel orthopédique, etc….Une grande partie de la collection, classée au titre des monuments historiques en 2004, est constituée de préparations anatomiques déposées par les professeurs et les étudiants en médecine au XIXe et au début du XXe siècle.Des collections corollaires, ayant trait à l’anatomie comparée et à la zoologie d’une part, à l’archéologie d’autre part, viennent encore s’agréger à cet ensemble, qui a été un outil pédagogique incomparable pour des générations d’étudiants en médecine avant que n’existent les techniques actuelles d’exploration du corps humain.

La salle des anciens musées Delmas-Orfila-Rouvière

En 2014, le musée s’est agrandi et a accueilli  les collections Delmas-Orfila-Rouvière, du nom des trois professeurs de médecine et d’anatomie. Autrefois elles étaient situées dans les locaux de la Faculté de médecine de Paris V-Descartes. L’arrivée de cet ensemble à Montpellier constitue un événement majeur pour l’histoire de l’anatomie : ce sont en effet plus de    7 500 pièces d’anatomie réelles ou artificielles, classées au titre des monuments historiques, qui sont désormais réunies à l’Université de Montpellier : seule une petite partie de la collection est présentée au public dans le cadre de l’exposition “De chair et d’Os”. La présentation actuelle, conçue comme première introduction, met d’une part en valeur les anciens musées universitaires Delmas-Orfila-Rouvière, et évoque d’autre part une collection anatomique particulière, celle de l’ancien musée forain du Docteur Spitzner. On y découvre “3 écorchés” dont un singe en papier mâché, tous muscles saillants à nu, des squelettes d’oiseaux composés de pièces articulées détachables, un foetus pétrifié resté 56 ans dans le ventre de sa mère, des femmes de cire grandeur nature en train d’accoucher, des siamois italiens Tocci, etc…

Toutes ces pièces sont des chefs d’oeuvre. Elles relatent deux cents ans de l’histoire de l’enseignement de la médecine mais également des maladies. Espérons que le déménagement de la faculté prévu sous peu permettra la restauration des collections de la faculté pour préserver ce patrimoine scientifique montpelliérain.

L’ancienne chapelle privée des évêques est transformée en salle des actes ornée de nombreux portraits d’anciens savants et professeurs : un buste d’ Hippocrate, offert par l’empereur Napoléon 1° y trône toujours. Les anciens salons d’apparat de l’évêque du rez-de-chaussée sont transformés en trois parties :

  • La salle du conseil, richement décorée de lustres et de staff est ornée de portraits de savants du XVIIIe siècle, dont le célèbre portrait de François Gigot de Lapeyronie réalisé par Hyacinthe Riga
  • Le vestiaire des professeurs, une salle ornée de portraits d’anciens élèves de la faculté des XVIe et XVIIe siècle. On peut y voir notamment un portrait de Rabelais et de Guillaume Rondele. La toge de Rabelais y est également conservée.
  • Le cabinet décanal, ou bureau du doyen,  décoré de boiseries, de livres anciens et d’un mobilier de style Louis-Philippe et style Second Empire n’est pas ouvert à la visite.

 

Espérons que le deuxième groupe qui fera la même visite que nous avec une semaine de décalage sera tout aussi enthousiaste que nous devant cette découverte.                                                                                        René Pohl

Diaporama de Janine

    Visionnage film “C&C_FAC MED-CATHEDRALE”