Abbaye Saint-Michel de Frigolet – Musée Souléïado – 7 mai 2026

Départ prévu à 07h00 et pourtant à 06h30 ce jeudi 7 mai, le parking est bien embouteillé, le bus peine à se garer. 45 personnes sont impatientes de découvrir l’Abbaye de Frigolet et le musé Souleiado.

Frigolet, l’abbaye cachée dans la garrigue provençale.
Il y a des lieux que l’on visite… et d’autres que l’on ressent.

L’abbaye de Frigolet fait partie de ceux-là. Quand on quitte la route entre Tarascon et Boulbon pour entrer dans la Montagnette, le paysage change doucement. Puis, au détour d’un virage, apparaît l’abbaye Saint-Michel de Frigolet, presque dissimulée dans la végétation provençale.
On comprend immédiatement pourquoi des religieux ont choisi cet endroit, il y a près de neuf siècles.
Une abbaye née au Moyen Âge : L’histoire de Frigolet commence au XIIe siècle. Les premières mentions du prieuré remontent à 1133. À cette époque, quelques chanoines réguliers vivent ici selon la règle de saint Augustin.
Le lieu est modeste mais déjà important pour les voyageurs et les pèlerins qui traversent la Provence. Très vite, une église romane, un cloître et une chapelle sont construits. En marchant aujourd’hui dans les parties anciennes, on sent encore cette sobriété médiévale : des pierres épaisses, des voûtes simples, une lumière douce qui entre discrètement.
Le nom « Frigolet » viendrait d’ailleurs du mot provençal ferigoule, le thym sauvage omniprésent sur les collines environnantes.

Les siècles difficiles :
comme beaucoup d’abbayes, Frigolet a connu des périodes de grandeur… puis de déclin. À partir du XIVe siècle, la communauté s’affaiblit progressivement. Les guerres, les troubles religieux et les difficultés économiques finissent par isoler le monastère. Pourtant, le lieu ne disparaît jamais complètement. Au XVIIe siècle, de nouveaux religieux redonnent vie à l’abbaye et embellissent notamment la chapelle Notre-Dame du Bon-Remède, qui devient un important lieu de pèlerinage provençal. Cette chapelle est sans doute l’endroit le plus émouvant du site. Contrairement à l’austérité romane de l’église ancienne, on y découvre un décor baroque chaleureux, presque inattendu au milieu de cette nature sauvage.
Puis vient la Révolution française : silence et abandon ! En 1791, les religieux sont expulsés et les biens de l’abbaye saisis. Pendant plusieurs décennies, Frigolet semble suspendue hors du temps. Les bâtiments se dégradent lentement. En visitant certains espaces aujourd’hui encore, on imagine facilement cette période d’abandon : des murs immenses perdus dans la garrigue, des cloîtres silencieux, une abbaye presque oubliée.
Le retour des Prémontrés :
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais au XIXe siècle, Frigolet renaît.
En 1858, le père Edmond Boulbon rachète les lieux et y installe les Prémontrés, aussi appelés chanoines de Prémontré ou “Pères blancs” à cause de leur habit.
Cet ordre religieux, fondé au XIIe siècle par saint Norbert, mêle vie monastique, prière et accueil des fidèles. Leur présence marque profondément l’identité de Frigolet.
Ce sont eux qui redonnent à l’abbaye son souffle actuel : restauration des bâtiments, retour de la vie religieuse, accueil des pèlerins, construction de la grande basilique.
Cette basilique surprend immédiatement. On ne s’attend pas à découvrir, au milieu des collines provençales, un édifice néogothique aussi imposant. Elle contraste avec la simplicité de l’église romane voisine, mais l’ensemble fonctionne étonnamment bien.

Le “siège de Frigolet” : L’histoire de l’abbaye prend même un tour politique en 1880. À l’époque des grandes lois anticléricales, l’État ordonne l’expulsion des religieux. Les Prémontrés refusent de partir. Des soldats sont envoyés pour les déloger. L’événement, connu sous le nom de “siège de Frigolet”, marque fortement la région.
Aujourd’hui encore, cet épisode fait partie de la mémoire du lieu.

Une atmosphère unique : mais au fond, Frigolet ne se résume pas à ses dates ou à ses conflits.
Ce qui frappe surtout lorsqu’on s’y promène, c’est l’atmosphère. Le silence d’abord. Même lorsqu’il y a des visiteurs, le calme reste présent.
Puis les contrastes: la pierre claire contre le vert sombre des pins, la simplicité romane face à la richesse baroque, l’ombre fraîche des cloîtres après la lumière éclatante de Provence. On comprend aussi pourquoi des écrivains provençaux comme Alphonse Daudet ont été inspirés par ce lieu.

Frigolet aujourd’hui : L’abbaye n’est pas un musée figé. La communauté des Prémontrés y vit toujours, accueillant des pèlerins, des visiteurs et des retraitants en quête de calme et de spiritualité. 
Nous avons pu visiter, la basilique néogothique consacrée en 1866 sous le nom de basilique de l’Immaculée-Conception.  Élevée au rang de basilique mineure par le pape Pie IX en 1869, elle a été agrandie sous l’impulsion du bienheureux Dom Edmond Boulbon, qui relança la vie monastique des Prémontrés sur place. 
L’intérieur de la nef est entièrement recouvert de peintures murales à l’huile réalisées par Antoine Sublet, inspirées des décors de la Sainte-Chapelle à Paris. La basilique englobe la chapelle romane du XIIe siècle dédiée à Notre-Dame du Bon-Remède, dont la structure ancienne est masquée par une somptueuse décoration baroque du XVIIe siècle, avec boiseries dorées et tableaux provenant de l’école d’Avignon. La belle statue de Saint-Michel ne laisse pas indifférent…
Le site, classé monument historique en plusieurs étapes (1921, 1995, 2015), comprend également un cloître roman du XIIe siècle, remanié au XVIIe, ainsi que des bâtiments conventuels. Malgré un incendie dévastateur en juillet 2022 dans les alentours, les structures de l’abbaye ont été préservées. 

Un lieu qui reste en mémoire
Nous quittons Frigolet un peu différemment de certains sites touristiques. Ce n’est pas seulement une belle abbaye provençale. C’est un lieu habité par le temps, par la prière et par cette lumière particulière du Sud qui donne aux vieilles pierres une présence presque vivante. Et longtemps après la visite, il reste souvent le souvenir d’un silence. Celui des cloîtres, des pins… et de cette abbaye cachée dans la garrigue provençale.

René POHL

Après un périple imprévu du à la perte de la connexion du GPS poids lourd de notre bus, nous rejoignons enfin le restaurant, où un succulent déjeuner nous été servi.

Le Musée Souleiado
Au cœur de Tarascon, derrière les murs élégants de l’hôtel particulier d’Aiminy, le musée Souleiado réserve une véritable parenthèse hors du temps. Dès l’entrée, on est happé par l’atmosphère chaleureuse du lieu, entre couleurs éclatantes, parfums d’atelier ancien et souvenirs d’une Provence populaire et raffinée.

Bien plus qu’un musée textile, c’est une immersion vivante dans un art de vivre méridional qui continue de rayonner aujourd’hui.
La visite guidée,  passionnante et pleine d’anecdotes, donne immédiatement vie à l’histoire des célèbres « indiennes » provençales. Ces tissus aux motifs floraux et aux couleurs lumineuses, autrefois venus d’Orient, ont traversé les siècles sans rien perdre de leur pouvoir de fascination. On découvre avec émerveillement les secrets de leur fabrication : pigments préparés à la main, planches de bois finement gravées, impression au tampon… Chaque étape révèle la patience et le talent des artisans qui ont fait la renommée de Souleiado depuis 1806.
Le moment le plus marquant reste sans doute la découverte des anciens ateliers d’impression, restés presque intacts depuis l’arrêt de la manufacture à la fin des années 1970. Tables de travail, étuves, lavoirs et outils d’époque donnent l’impression que les ouvriers viennent tout juste de quitter les lieux. On ressent alors toute l’âme de cette maison emblématique de la Provence.
Au fil des salles, le regard se perd dans une profusion de merveilles : costumes d’Arlésiennes, boutis délicats, patchworks, faïences, santons et textiles anciens composent un décor vibrant de couleurs et d’élégance. Le musée conserve aussi un trésor exceptionnel de plus de 40 000 planches d’impression, certaines datant du XVIIe siècle.
Mais Souleiado ne se contente pas de célébrer le passé. Les motifs provençaux continuent d’inspirer la mode contemporaine, de Chantal Thomass à Christian Lacroix, jusqu’à Gucci. Cette rencontre entre tradition et création donne au musée une énergie étonnamment moderne.
On ressort de cette visite, émerveillé, avec l’impression d’avoir touché du doigt une Provence authentique, artistique et profondément humaine.
Un lieu lumineux et inspirant, qui mérite largement le détour…
René POHL

 

Diaporama : Jacques GROSSE
Accompagnement musical:
Ravel – Concerto en sol, 2ème mvt, Piano: Pierre-Laurent Aimard.

Cliquez sur: Diaporama Frigolet & Souleiado

 

 

 

 

 

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